Deuxième partie






« Je reçois coup sur coup, ses poings s'abattent sur mon torse, elle frappe encore et encore. Je la laisse faire. Elle perd le contrôle. Je ne veux pas qu'elle se blesse alors je reste immobile et j'attends. Elle pleure et m'insulte, elle déverse toute sa colère. J'ai envie de frapper moi aussi mais pas sur elle, sur les murs. Frapper jusqu'à en crever. Elle me hait. »




Point de vue Harry



Un coup d'épaule dans la porte, puis encore un autre et un autre. Putain ouvre toi ! Ça y est. Nom de dieu... Je reste à l'entrée de la pièce cloué sur place.


- Hailey...


Je ne reconnais pas ma propre voix tellement elle me semble pitoyable. Elle se retourne lentement vers moi, elle est blanche comme un linge. Elle s'effondre. Mon corps réagit plus rapidement que mon esprit et sans le réaliser vraiment mes bras l'entourent avant qu'elle ne touche le sol. Je reste un moment assis par terre la serrant contre moi. Je regarde sa lèvre fendue et je m'en veux. Pauvre con. C'est de ta faute si elle est dans cet état, inconsciente dans tes bras. Je suis en colère contre moi même. Non c'est de sa faute, pas la mienne, elle n'aurait jamais du ouvrir cette porte, ni voir toutes ces photos. C'est elle la coupable pas moi. Je lui en veux. Je la sens trembler, mon cœur se serre. Un de mes bras soutient déjà son dos, je glisse l'autre sous ses genoux et la soulève. Bon sang qu'elle est légère. Je la cale le plus possible contre mon torse, j'aime la sentir contre moi et je la ramène dans sa.. je me mords la lèvre. Peut importe, je la ramène. Je l'allonge sur le matelas et la recouvre de la couverture. Elle tremble toujours. Je pars chercher un oreiller et une deuxième couverture. Je reste un moment à la regarder dormir, je dégage délicatement les cheveux qui collent à son visage. Sa peau est douce, mon cœur s'emballe. Elle est si belle.


Je regarde autour de moi. La rage m'envahit, je quitte la pièce et de retour dans celle où je dors je suis incontrôlable. J'arrache toutes les photos du mur, je grogne, je frappe, j'arrache, mes poings sont en sang. Les photos s'entassent sur le sol, je crie, je frappe, j'arrache. Je tourne en rond en me tenant la tête, je perds le contrôle. La situation m'échappe. J'évacue toute ma colère contre les murs et je tombe à genoux à bout de force. Parmi toutes les photos étalées autour de moi une attire mon regard, je m'en saisis et la caresse. Je me rappelle du jour où je l'ai prise. Je me rappelle de chaque instant de chacune des photos que j'ai pris. Celle là remonte à six mois. Elle était dans sa chambre et moi dans l'arbre face à sa fenêtre, camouflé. Elle tenait une lame de rasoir dans sa main, c'était la première fois que je la voyais faire et c'est ce jour là que je me suis juré de la sauver. Ça ne devait pas se passer comme ça, j'ai merdé, je merde. Je m'allonge au sol au milieu des photos et j'attends.







Point de vue Hailey



Je marche dans une ruelle sombre, il fait nuit, il fait noir. J'ai peur. Je sens une présence derrière moi, j'accélère le pas. Il me suit. Je cours maintenant, je tente de lui échapper. Je suis dans ma chambre, je me sens observer. Je suis paranoïaque. J'essaye de courir, je tombe, je me relève, je cours encore. Je me cogne contre un mur, j'ai mal. Je me retourne, deux grandes prunelles vertes me fixent intensément. Je hurle.



Je me réveille en sursaut et me débat. Je ne veux pas qu'il me touche. Ne m'approche pas, lâche moi. Je réalise que je suis seule, ce n'est pas lui mais une couverture, elle porte son odeur. Je me calme. Des bougies brûlent toujours un peu partout, je ne suis plus dans le noir. Je suis en sueur et je tremble je revois toutes ces photos de moi sur les murs et j'ai de nouveau envie de vomir. Je me balance d'avant en arrière dans le lit, ma tête est sur le point d'exploser. Toutes ces photos.. Je l'ai déjà vu. J'en suis sur maintenant. Où ? Quand ? Et ces photos.. Ça me glace le dos. Je suis en plein cauchemar, je vais me réveiller. Ce n'est pas réel, c'est impossible. J'ai mal à la tête. Je revois ses yeux verts, je suis parcourue de frissons. Il n'y a que dans les films qu'un psychopathe à des tonnes de photos de sa victime, et en général il est vieux et moche, voir même défiguré. Il est pas censé être magnifique et sentir la menthe. Je repense à son baiser et je me sens en colère. Il n'a pas le droit de m'embrasser. Il n'a pas le droit de me toucher. Il n'a pas le droit d'avoir toutes ces photos de moi. Il n'a pas le droit de me retenir ici. Il a aucun droit. Je veux rentrer chez moi. Je ne sais pas si c'est parce que je suis en colère mais je n'ai plus peur. Je me lève et je tente d'ouvrir la porte. Elle est fermée à clef. Je veux sortir. Je me mets à tirer dessus, à frapper de toutes mes forces, je hurle, je lui ordonne de venir m'ouvrir, je l'insulte. Viens, ramène toi enfoiré. Je ne me reconnais pas. Je tambourine encore et encore et je crie toujours. Je n'ai pas longtemps à attendre et quand la porte s'ouvre brusquement je recule. Il se tient à l'entrée je ne cherche même pas à savoir si il est énervé ou pas. Je lui fonce dessus. Je frappe son torse de mes poings, il ne se défend pas, il se laisse faire. Je suis hors de moi, je lui crie toute ma haine, je lui hurle que je le hais. Il n'a aucune réaction, j'ai l'impression qu'il attend juste que je me fatigue, ça m'énerve encore plus. Je pleure en même temps que je donne coup sur coup, je voudrais lui faire autant de mal que lui m'en fait mais il ne ressent rien, il reste immobile. Réagis putain ! Je tente de lui griffer le visage mais il me saisit les poignets et en moins d'une fraction de seconde me retourne, son torse collé à mon dos. Je tente de le repousser, de me dégager de son étreinte mais ses bras qui entourent mon corps sont plus forts et puissants que des étaux.


- Calme toi Hailey s'il te plait..


Il a presque chuchoté et sa voix est suppliante et douloureuse. Je lutte encore un moment avant de m'immobiliser, c'est inutile de me battre contre lui il est bien trop fort. Je suis à bout de force. Je pleure toujours et je reprends petit à petit ma respiration. Il ne me lâche pas, je crois qu'il attend d'être sur que je sois totalement calmée. Mais larmes coulent toujours. Sa tête est collé à la mienne, je n'ai même pas le courage de me décaler. Je sens son souffle dans mon cou.


- Je te hais.
- Je sais Hailey. Je sais.


On a murmuré tout les deux et je serais incapable de dire laquelle de nos deux voix était la plus brisée. Je sens son torse se soulever lentement au rythme de sa respiration dans mon dos, ses bras qui me tiennent ne sont plus fermes et quand je sens encore une fois son souffle dans mon cou j'en ai des frissons.


- Lâche moi..


Il ne dit rien, ne proteste pas et ses bras me libèrent lentement comme pour s'assurer que je ne vais pas m'effondrer. Je ne sais pas pourquoi mais je reste encore quelques secondes contre lui, surement pour m'assurer moi aussi que je suis capable de tenir debout, puis je m'éloigne et me retourne pour lui faire face. La peine que je lis dans ses yeux me surprend et me tord l'estomac. Il est fou, un fou ne ressent pas de tristesse. Pourtant la sienne est sincère, je ne comprends pas. J’essuie les dernières larmes qui coulent sur mes joues.


- Ces photos..


J'ai à peine souffler, pourtant je vois les muscles de son cou et de ses bras se contracter. Alors que quelques minutes avant je le frappais maintenant j'ai peur de le mettre en colère mais c'est plus fort que moi j'ai besoin de savoir.


- Qui es tu ?


Il trésaille légèrement, ces yeux deviennent durs et il serre les poings. Je tremble, je sens qu'il lutte pour ne pas s'énerver. Il reste immobile plusieurs secondes à me fixer. Mon récent courage totalement envolé, je suis de nouveau tétanisée, incapable de bouger. Après quelques minutes à me regarder les traits de son visage se détendent, il se reprend.


- Tu as besoin de manger, je reviens tout de suite.


J'aurais aimé protester, lui dire que ce n'est pas de la nourriture que je veux mais des réponses, mais je m'abstiens car même si il a réussi à se calmer sa voix est restée dure. Il sort de la pièce et je l'entends verrouiller la serrure. Maintenant qu'il n'est plus là j'ai l'impression que je vais m'effondrer. Je me rassoie sur le lit plus perdue que jamais. Il a toujours été un monstre, c'est l'image que j'ai de lui. Il me retient enfermée dans cette pièce minable, m'a frappé deux fois et m'a embrassé de force. C'est réellement un monstre mais l'avoir vu comme ça, la tristesse dans ses yeux, ne pas réagir quand je le frappais, s'être contrôler comme il l'a fait me perturbe, lui donne un visage plus humain. Et sa façon qu'il avait de me tenir contre lui était presque rassurante. L'envie de vomir me reprend à nouveau. Rassurante ? Il n'a rien de rassurant. C'est un monstre, un foutu enfoiré de monstre complètement de malade. J'ai l'impression de tenter de me convaincre moi même. Pourtant les photos.. Je me sens perdue. La porte qui s'ouvre de nouveau me tire de mes pensées, mais je ne sursaute pas comparé à d'habitude. Il tient un plateau et une lampe de chevet. Je suis surprise. En silence il pose le plateau devant moi et va brancher la lampe pas loin de mon matelas. Je ne peux pas m'empêcher de le regarder quand il souffle sur toutes les bougies qui traînent un peu partout puis il revient et s'assoie en face moi. La fine robe blanche ne me protège pas et je grelotte à cause du froid, il s'en rend compte et enlève sa chemise avant de me la tendre.


- Tiens.


Je me sens comme une idiote à regarder le vêtement. C'est le sien, il l'avait sur lui. Je ne veux pas la mettre, mais il insiste et j'ai froid.


- Mets la s'il te plait.


Je le regarde quelques secondes dans les yeux avant de me saisir de la chemise et de l'enfiler. Elle est chaude, et elle sent bon. Elle sent son odeur. Je lui souffle un léger merci et je me demande si il ne va pas avoir froid lui avec son simple t-shirt blanc. On reste un moment silencieux à se regarder.


- Mange Hailey.


Il rapproche un peu plus le plateau de moi, je l'inspecte. Un sandwich et une bouteille d'eau comme d'habitude. Je ne sais pas si c'est parce qu'il ne me cri pas dessus ou si c'est parce que la peur ne bloque pas l'estomac pour une fois, mais j'attrape le sandwich et croque une petite bouchée. Je le vois se détendre et je me détends aussi. Je ne veux pas l'énerver. Il me regarde manger attentivement comme pour être sur que je ne recrache pas. Je mange lentement, j'ai peur d'être malade. J'ai envie de lui poser un million de questions mais je n'ose pas. Bizarrement sa présence, et ses yeux fixés sur moi ne me dérangent pas plus que ça. C'est surement à cause de la lumière, avant nous étions dans le noir. J'avais peur. J'ai toujours peur mais quelque chose a changé, ce n'est plus la même peur. Je ne veux pas analyser tout ce bordel qu'il y a dans ma tête maintenant sinon je crois que je perdrais de nouveau mon sang froid et me remettrais à hurler. Tout en mangeant mon sandwich je réalise que c'est les ingrédients que je préfère. Bacon cuit et tomates, ce n'est pas courant et il l'a fait lui même. Les centaines de photos de moi sur les murs resurgissent dans ma tête et je suis parcouru d'un frisson. À quel point me connait-il ? Au point de savoir quels ingrédients j'aime dans mon sandwich. Une part de moi apprécie le geste et l'autre en est terrorisée. Il me connait et je réalise soudain que je ne connais même pas son prénom. J'ai du avoir une expression bizarre car je le vois froncer les sourcils. Il ouvre la bouteille d'eau et me la tend. J'ai envie de lui dire que je ne suis pas un bébé, que je peux le faire moi même mais je me tais et bois. Il me fixe toujours et moi je tente de deviner son prénom. Lequel lui irait le mieux. Le premier qui me vient à l'esprit est psychopathe et le deuxième dieu car il est magnifique. Mais dieu et psychopathe ne sont pas des prénoms. Dylan ? Ethan ? Nicholas ? Non... Jason ? Jason, comme dans Vendredi 13. Un tueur.


- Harry.


Je sursaute.


- Je m'appelle Harry.
- Comment as-tu su que...


Je suis incapable de finir ma phrase tellement je suis sous le choc.


- Parce que je te connais par cœur Hailey.


Sa réponse me fait l'effet d'une décharge électrique dans tout le corps. J'ai un mouvement de recul, je lâche la bouteille d'eau que je tenais toujours et elle se déverse sur le sol. J'ai la tête qui tourne. Avec les photos ou même encore le sandwich je le savais mais je refusais de l'admettre. C'est bien trop traumatisant de se dire qu'un parfait étranger connait tout de vous et l'entendre de vive voix est un choc violent. Je le regarde, il a de nouveau cette tristesse dans le regard. Non, vas te faire voir. Tu es juste un malade.


- Vas t'en...


J'ai à peine soufflé, incapable de parler. Il tend une main vers moi mais je me recule encore plus.


- Hailey..


Il a soufflé lui aussi. Pendant plusieurs jours il n'a pas prononcé mon prénom une seule fois et maintenant il le répète sans cesse. Je ne veux plus qu'il le dise, il n'a pas le droit. Je lui balance l'oreiller dans la figure.


- Vas t'en !


Je viens de hurler. Je veux qu'il s'en aille. Je veux qu'il s'en aille maintenant. Je le vois me regarder quelques secondes avant de baisser la tête résigné et quitter la pièce.


Je m'allonge repliée sur moi même et je pleure. Je pleure à en avoir mal au ventre, je pleure toutes les larmes de mon corps et j'ai l'impression qu'elles sont infinies. Je réalise vraiment enfin tout ce qui se passe. Je suis retenue prisonnière par un garçon qui est obsédé par moi. Je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi moi. J'ai vu des photos de moi qui remontaient à plusieurs mois. Depuis combien de temps me suis t'il ? Je n'ai pas eu le temps de toutes les voir mais une surgit devant mes yeux. Moi entrain de dormir dans mon lit. Je réalise que pour prendre cette photo il devait être dans ma chambre, à quelques centimètres de moi à peine. J'ai l'impression que je vais m'évanouir. Je dormais et il était là à me regarder dans MA propre chambre, là ou je pensais être en sécurité. Il a pénétré chez moi. Je crois que je suis au bord de l'hystérie. Qu'a t'il vu encore ? M'a t'il espionné dans la douche ou quand je me changeais ? J'essaye de chasser les images malsaines qui me traversent l'esprit. Mais je n'y arrive pas.


Je vais étouffer. Je n'arrive plus à respirer, je suis entrain de perdre pied. J'ai l'impression que les murs se rapprochent de moi, qu'ils veulent m'écraser. Il faut que je sorte d'ici. Je me lève et me dirige vers la porte. Il ne l'a pas verrouillée, c'est la première fois. Je suis dans le couloir, il fait noir et je n'y vois presque rien. Je me tiens au mur, je titube. Je suis certaine qu'il va me sauter dessus à tout moment, il faut que je sorte, j'ai besoin d'air. J'avance péniblement, je suffoque. Aucun signe de sa présence, c'est étrange mais je ne prends pas le temps d'y penser. Je me mets à courir, le couloir est long, je vois une lumière au bout, il faut que je l'atteigne. J'ai l'impression que mes poumons vont exploser, j'ai besoin d'air. J'y suis enfin, il n'est toujours pas là. Des escaliers étroits pris au piège entre deux murs se dressent devant moi, je les monte difficilement. Je lutte pour respirer et j'atteins enfin la porte. Je l'ouvre et là c'est le choc.


Je me serais attendu à tout sauf à ça. Une immense cuisine s'étend devant moi. Rien de délabré, je ne suis pas dans une maison abandonnée comme je le croyais, bien au contraire. La cuisine est immense et extrêmement luxueuse. Je réalise que je respire de nouveau. Mais avant que je n'ai pu faire un pas une silhouette se dresse devant moi, je n'ai pas le temps de le voir que je suis poussée en arrière. En moins de quelques secondes je me retrouve en bas des escaliers, collée au mur, une main plaquée sur ma bouche et un corps contre moi. Deux prunelles bleues azures me fixent intensément. Ce n'est pas lui, c'est quelqu'un d'autre et ce que je vois dans ses yeux me fait peur. Je tente de me débattre de toutes mes forces mais il est trop fort. J'essaye de hurler mais sa main sur ma bouche m'en empêche.






- Shhht, Shhht, Shhht... Tiens toi tranquille.


Il murmure d'une voix mauvaise. La peur me paralyse immédiatement. Il affiche un sourire malsain.


- Alors voilà le jouet si précieux de mon petit frère.


Son frère ? Je sens de l'amusement dans sa voix, je suis pétrifiée.


- Je comprends mieux maintenant.


Je ne sais pas ce qu'il comprend mieux mais sa voix rendue roque par le désire me paralyse autant que la perversité que je vois dans son regard et quand ses doigts caressent ma joue je me mets à pleurer. Il pousse un grognement de satisfaction. Sa main est maintenant posée sur ma cuisse, j'ai l'impression qu'elle me brûle la peau. Je hurle intérieurement. Pitié non, lâche moi.. Il semble aimer ça. Je crois que je vais m'évanouir. Un bruit lui fait tourner la tête et il me murmure à l'oreille " On en a pas fini toi et moi.. " avant de s'éloigner rapidement de moi. Quand Harry apparaît à la porte en haut de l'escalier je suis soulagée. Je n'aurais jamais cru ressentir ça un jour pourtant c'est le cas. Il descend les escaliers, le regard noir, je n'avais jamais vu autant de dureté dans son regard.


- Tiens je crois que j'ai trouvé quelque chose qui t'appartient Haz. Elle essayait de se faire la belle, je l'ai retrouvé à l'entrée de la cuisine.


Il prend un ton innocent. Même si il ne me touche plus je suis toujours collée au mur pétrifiée et tremblante. Harry toise durement son frère et se met entre lui et moi. Il passe un bras autour de mes épaules et me serre contre lui, protecteur. Je me blottis encore plus contre lui et m'accroche à son t-shirt, il resserre son étreinte autour de moi et je me sens en sécurité. Il ne l'a pas quitté des yeux une seule seconde.


- Barre toi Louis.


Sa voix est tellement dure qu'elle me fait frissonner.


- C'est bon Harry, c'était pour déconner.
- Dégage.


Il foudroie son frère du regard. Ses yeux sont tellement noirs que j'ai l'impression qu'il serait capable de le tuer. Il a le regard d'un tueur et pourtant je ne me suis jamais autant senti en sécurité qu'entre ses bras en ce moment. L'autre nous regarde quelques secondes, quand il pose les yeux sur moi ce que j'y vois me pétrifie. Je sens les bras de Harry se resserrer autour de moi, puis l'espèce d'ordure lève les mains en signe de résignation et remonte l'escalier mais avant de refermer la porte il rajoute d'un air moqueur.


- Je vais chez Eleanor.


Puis il referme la porte. Je sens le corps de Harry se détendre contre le mien, je m'accroche toujours à lui et quand il tourne les yeux vers moi son regard à complètement changé, il n'est plus noir mais inquiet.


- Ça va ?


Il me regarde attentivement mais je suis incapable de lui répondre. Je suis encore sous le choc de ce qui vient de se passer, mes jambes m'abandonnent et comme si il s'y attendait il glisse rapidement un bras sous mes genoux et l'autre étant déjà autour de ma taille il me soulève avec une facilité déconcertante. Je me blotti le plus possible contre lui et je serre encore plus fort son t-shirt. Il vient de me sauver. Il me ramène et m'allonge sur le lit puis me recouvre des couvertures et il s'assoie au bord à coté de moi.


- Je suis désolé Hailey...


Je ne peux pas me retenir de pleurer. La peur que j'ai ressenti est encore là et quand j'imagine ce qui a failli se passer si il n'était pas arrivé mon corps est pris de spasmes et de tremblements. Il reste là un petit moment à me regarder puis je le sens se relever et s'éloigner. Je ne sais pas ce qu'il me prend mais je suis prise de panique je ne veux pas qu'il s'éloigne. Si il n'est pas là j'ai peur que son frère revienne alors je m'agrippe à son t-shirt le regard suppliant. Il semble désarçonné, il me regarde quelques secondes puis il comprend et se rassoie un peu plus proche de moi. Je me rallonge mais ne lâche pas son t-shirt pour autant.


- Je suis là, je ne partirais pas.


Je le regarde dans les yeux comme pour m'assurer qu'il est sincère.


- Je te le promets, calme toi, je reste là.


Je ne sais pas pourquoi mais je lui fais confiance. Je sais qu'il ne va pas me laisser, je ferme les yeux. Il me caresse délicatement les cheveux, je ne le repousse pas, au contraire ça m'apaise puis je finis par céder à la fatigue et m'endors.






Quand je me réveille, je le vois allongé à coté de moi à même le sol toujours endormi. Je n'ai pas du dormir longtemps car je me sens encore très fatiguée. Je l'observe en silence, je ne peux plus nier le fait qu'il est vraiment magnifique. Mon esprit est complètement embrouillé. Je réalise à peine ce qu'il s'est passé. Je ne suis pas dans une vieille maison abandonnée, la cuisine que j'ai vu avait tout sauf l'air abandonné et délabrée. J'aurais du m'en douter rien qu'en le regardant. Ses vêtements sont toujours propres et repassés et les sandwichs sont fait maison. On ne doit pas être loin de tout comme je le pensais et l'espoir me gagne. Je repense aux deux prunelles azures et je me mets à trembler. Son frère.. Il a un frère.. Et il me veut du mal.. J'ai vu la lueur de défi dans ses yeux quand il m'a regardé avant de partir, j'en suis tétanisée. Je retiens de nouvelles larmes en pensant à ce qu'il s'est passé, à la peur que j'ai ressenti face à lui et surtout à la sécurité que j'ai ressenti quand j'étais dans les bras de Harry. J'ai eu l'impression que rien ne pouvait m'arriver, qu'il était là pour me protéger. Pourtant c'est le méchant lui aussi.. Le méchant qui m'a sauvé. Je suis perdue. J'ai peur. Je ne sais plus vraiment de quoi mais j'ai peur. Comme si il avait senti mon regard posé sur lui, il ouvre lentement les yeux et ses deux prunelles vertes me font face.


- Hey...


Il murmure, je le regarde.


- Hey...


Je murmure à mon tour.


- Tu vas mieux ?


Il parle doucement, je hoche la tête. On reste un long moment allongé l'un à coté de l'autre sur le ventre, lui sur le sol moi sur le matelas de quelques centimètres de hauteur. Il a glissé ses bras sous son visage pour surélever un peu sa tête afin de bien me voir. Ses yeux dans les miens, les miens dans les siens on se regarde tout simplement. C'est la première fois depuis que je suis enfermée ici que je ne ressens aucune peur, aucune crainte. On reste silencieux. J'aimerais lui poser un tas de questions, je sais qu'il s'en doute et je crois qu'il attend patiemment que je trouve le courage de les formuler. Ce n'est pas facile, si je veux qu'il me réponde je ne dois pas le brusquer et encore moins le mettre en colère. Pourquoi toi et ton frère vous êtes fous ? Elle est où la sortie ? Non je ne peux définitivement pas lui dire ça puis aussi étrange que ça puisse paraître je réalise qu'il y a une part de moi qui ne veut pas le blesser.


- C'est qui Eleanor ?


Je n'arrive pas à croire que j'ai posé cette question, elle est sortie de ma bouche sans que je m'en rende compte. Parmi toutes les questions que j'ai à lui poser, c'est la plus ridicule et inutile de toutes. Je crois qu'il ne s'y attend pas non plus car il a un léger petit sourire qui apparaît au coin des lèvres mais il se reprend vite et même si il a duré qu'une demi fraction de seconde mon cœur s'emballe. Je ne l'avais jamais vu sourire. Il a des fossettes.


- C'est la petite amie de mon frère.


On parle à voix basse comme si l'un comme l'autre on ne voulait pas se brusquer. Mais même en parlant doucement sa voix reste roque. Je ne l'ai pas beaucoup entendu mais je l'aime sa voix et je veux l'entendre encore.


- C'est ton frère ?
- Oui mon grand frère, Louis.
- Il a quel âge ?
- 21 ans.
- Et toi ?
- 19 ans.


Il a deux ans de plus que moi. Cette conversation dans la situation dans laquelle je suis semble complètement déplacée et futile pourtant je l'apprécie. Je suis restée trop longtemps sans parler et maintenant ça me fait du bien. Je crois que c'est à cause du silence des jours précédents. De ne pas avoir parlé, de n'avoir écouté personne parler. J'ai besoin de parler et d'écouter. Puis il connait tout de moi, j'ai envie d'en savoir plus sur lui, et plus j'en saurais plus j'aurais de chance de m'échapper. Un nouveau silence s'installe entre nous et je me demande si à l'extérieur mes parents et la police me recherchent. Surement.


- Il est quelle heure ?


Encore une question qu'il le surprend pourtant il ne me fait aucune remarque et regarde sa montre.


- 23h56.


Je ne rajoute rien, il me regarde un peu plus intensément et il comprend que je suis perdue.


- On est le 12 janvier et ça fait 16 jours que tu es ici.
- Pourquoi moi ?


La question est sortie toute seule de ma bouche, je ne voulais pas la poser. J'appréhende sa réaction pourtant il ne change pas de comportement et il me répond comme si c'était une évidence.


- Parce que tu es différente.


La façon dont il l'a dit, "différente", j'ai eu l'impression de recevoir le plus beau compliment du monde. Je me sens mal à l'aise et touchée à la fois. Je tente de ne pas lui montrer.


- Il me fait peur.
- Mon frère ?
- Oui.


Je vois ces prunelles se rembrunir.


- Il ne t'approchera plus.


Sa voix a été plus ferme qu'il ne l'aurait voulu et j'ai vu un éclair de colère traverser ces yeux avant de disparaître.


- Est-ce-que tu as peur de moi ?


Sa question me déstabilise, et je vois dans son regard qu'il attend ma réponse. J'essaye d'y réfléchir, il y a peu encore j'aurais répondu oui sans hésitation.


- J'avais peur.. Et.. Et je crois que j'ai toujours peur de toi.


J'ai l'impression de l'avoir blessé mais je n'en suis pas certaine, il ne laisse rien paraître.


- Et vos parents ?


Je n'aurais jamais du poser cette question, j'ai touché son point faible je crois. Son visage se ferme immédiatement, ses traits se durcissent et ses prunelles se noircissent. Il reste silencieux et je sais qu'il ne me répondra pas et ne me dira rien de plus. Je ne sais pas quoi faire et je me sens mal alors je me tais et un long moment passe ainsi. La fatigue commence à me gagner à nouveau.


- Merci Harry..


Je lui souffle d'une voix endormie, il a comprit et hoche la tête, il sait pourquoi je le remercie. Pour son frère tout à l'heure et d'être resté avec moi ensuite.


- Dors Hailey.


Ce n'était pas un ordre pourtant je lui obéis et ferme lentement les yeux.










« Je me réveille, je suis seul. Elle n'est plus là.
Mon cœur explose. Comment ai-je pu être aussi con.
Je frappe de rage dans le mur.
Je dois la retrouver. »

Publié le 12/7/2014#commentCommenter