Soulmates




Coldplay - Paradise




Niall et moi on se connait depuis toujours. Nos mères se sont rencontrées dans un cours de préparation à l'accouchement alors qu'elles étaient enceintes jusqu'aux yeux et carrément sur le point d'exploser. Elles ne sont plus jamais quittées depuis et par conséquence lui et moi on a grandit ensemble. Comme des frères. Pas seulement au sens figuré mais réellement. Sur la fin de sa grossesse ma mère a eu des problèmes et je suis né prématuré. J'ai passé le premier mois de ma vie en couveuse et jusqu'à mes trois mois ma survie n'était assurée. Ma mère m'a raconté que quand j'avais deux mois, Maura, la mère de Niall, lui avait demandé de garder Niall le temps d'aller faire une course. Je ne sais plus vraiment pourquoi, je suppose qu'il y avait une raison,je l'ai oublié, mais bref. Ma mère a allongé Niall dans mon berceau, il parait que je me suis blotti contre lui immédiatement et à mon réveil pour la première fois depuis ma naissance je n'ai pas rendu le peu de lait qu'elle arrivait à me faire avaler. Niall et moi avons dormi dans le même berceau pendant deux mois, je prenais du poids, mon corps et mes organes se développaient correctement et petit à petit mes jours n'étaient plus en danger. Les médecins n'ont jamais eu réellement d'explications scientifiques par rapport à ça. Ils ont parlé de jumeaux. Ils ont expliqué à mes parents qu'il arrivait dans certains cas qu'après la naissance l'un des jumeaux se laissent mourir et reprenne des forces au contact de son frère ou de sa sœur. Ça viendrait du fait d'avoir passé neuf mois ensemble dans le ventre de leur mère et de ne pas avoir supporté la séparation. Niall et moi on n'est pas jumeaux, je suppose que c'est le genre d'histoire qui a du se finir par "Il y a des choses que même la médecine n'explique pas." On s'en fout, je suis vivant et tout ça pour dire que Niall et moi on a toujours eu un lien fort.


Niall a cinq mois de plus que moi, quand on était enfant il était protecteur envers moi. J'avais une santé fragile, j'étais plus petit et plus chétif que les autres garçons de mon âge et Niall s'occupait de moi. Il a toujours été fort et robuste. C'était le caïd de l'école. On a grandit et maintenant je fais deux têtes de plus que lui et le soulève à un bras.


On a fait toutes nos premières conneries ensemble. Notre première cigarette, notre première cuite, nos premières sorties dans le dos des parents. Nos premiers rencards avec des filles, ouais enfin fille jusqu'à ce que je réalise que je préfère les mecs. Niall est mon meilleur ami et dans notre tête tout a toujours été clair. On avait des plans. Il devait être mon témoin de mariage, le parrain de mes gosses et toutes ces conneries qu'on avait prévu quand on était gamin sauf que ça n'arrivera jamais.


C'est moi qui ai passé la moitié de ma vie avec une santé fragile alors que Niall était en pleine forme pourtant c'est lui qui va bientôt mourir. Dans le genre injustice, la vie nous a planté un gros couteau dans le dos.


Ils ont diagnostiqué le cancer de Niall il y a six mois. Je me rappelle encore de ce jour là, on était à l'entrainement de foot quand il s'est plains de douleurs dans le bas du dos. Rien d'inquiétant en apparence, il avait surement du faire un faux mouvement ou une mauvaise chute en jouant. Il n'est pas ressorti des urgences ce soir là. Le lendemain main le diagnostique est tombé: Tumeur sur l'une de ses testicules. Je n'ai jamais vraiment compris comment d'une simple douleur dans le bas du dos ils ont pu découvrir une tumeur à cet endroit là mais.. Je ne suis pas médecin.


Une ablation qui lui a valu le surnom de mono-couille, quelques séances de chimiothérapie et c'était réglé. Même si c'était étrange de le voir sans cheveux, le cancer avait été "pris" à temps comme ils disent et c'est tout ce qui comptait. Ils lui ont même reconstruit une testicule avec la graisse de son ventre, il me semble. C'est fascinant de voir tout ce que la médecine arrive à faire, on vous castre à moitié et deux mois plus tard c'est comme neuf. Bon bien sur à cause de tout ça il était stérile mais encore une fois les médecins ont pensé à tout. Avant de commencer le traitement ils ont congelé, cryogénisé ou que sais-je encore, un peu de son sperme pour qu'il puisse avoir des enfants plus tard. C'est juste dingue. Il faisait parti des chanceux du cancer.


Enfin il en faisait parti jusqu'à il y a deux mois. Il était censé être en rémission, c'est ce qu'on nous avait dit. On y a cru, j'y ai cru. Il semblait aller mieux, il semblait allait bien. On s'est tous fait avoir. On s'est fait baiser sans prévenir. Un soir il a fait un malaise et il n'a plus jamais quitté l’hôpital. Malgré l'ablation, malgré la chimiothérapie, le cancer s'est propagé partout pour finir en généralisé. Ils n'ont pas fait de détour, ils ne nous ont pas ménagé, ni donné de faux espoirs, c'était terminé. Il n'y avait plus qu'à attendre et le soulager le plus possible.


On est sur la fin, je le sais. Maintenant il n'est plus capable de se lever. Il est dans une chambre stérilisé tellement maigre et blanc que parfois quand je le regarde j'ai l'impression qu'il est déjà mort et comme si il avait lu dans mes pensées il réplique:


- Fais pas cette tête d'enterrement Harold, je ne suis pas encore mort je te signale. Attends un peu.


Ça fait tout juste une dizaine de minutes que je suis arrivé et je ne supporte déjà plus le masque stérile que j'ai sur le visage. J'ai l'impression qu'il met une barrière entre lui et moi, comme si c'était un pestiféré. J'ai conscience que c'est les derniers moments qu'on passe ensemble. Les médecins me l'ont encore répété avant que je n'entre dans la chambre. "C'est bientôt fini." Ils ont raison, c'est bientôt fini. Je vais bientôt perdre mon meilleur ami et je n'ai pas envie de rire à son sarcasme, même pour lui faire plaisir.


- Très drôle Niall, vraiment très drôle. J'ai pas envie de rire.

- C'est parce que t'es de mauvais poils, comme d'hab.


Malgré le dramatique de la scène je ne peux pas retenir le petit sourire qui se dessine sur mes lèvres tellement il m'agace. Il sait qu'il a gagné, il gagne toujours.


- Parle moi de ce gars que tu as rencontré au lieu de faire la gueule.

- Louis ?

- C'est ça Louis.

- C'est un abruti.

- Au moins vous faites la paire.


Je lâche un léger rire en lui poussant -doucement- le mollet. Louis c'est un mec que j'ai rencontré sur le campus le mois dernier. On a été boire un verre ensemble, mais rien de plus. On s'échange des messages de temps en temps et depuis que j'en ai parlé à Niall il ne me lâche plus avec lui.


- Tu comptes le revoir ?

- J'en sais rien.

- Tu devrais.

- Depuis quand tu joues les agences matrimoniales toi ?

- Depuis que je sais que je vais bientôt mourir et que je ne veux pas que tu retrouves seul.

- Donc tu me proposes de m'attacher au premier PD que je croise ?

- Pourquoi pas ?

- Et si il me brise le cœur ?

- Vu ton niveau de sensibilité, la seule chose qu'il peut te briser c'est le cul.


Il rigole tout seul de sa connerie et moi je l'insulte.


- T'es vraiment trop con.


Sauf qu'il manque rapidement d'air et se met à tousser. Je me relève immédiatement, décroche le masque à oxygène et le pose doucement sur son visage.


- Si tu continues c'est ta connerie qui va finir par te tuer.


Je n'ai pas pu retenir la tristesse dans ma voix derrière mon sarcasme. Je l'aide à se rallonger correctement avant de rasseoir sur la chaise. On reste un long moment silencieux, le temps qu'il respire un peu. C'est dur. Je sais que je devrais m'être habitué maintenant, en deux mois j'ai vu son état se dégrader lentement mais je n'y arrive pas. Je crois que personne ne peut s'habituer à voir une personne qu'elle aime souffrir. J'ai accepté au fond de moi l'idée que Niall allait mourir et je reste fort devant lui parce que je refuse qu'on passe nos derniers moments ensembles dans les larmes. Il ne le mérite pas mais intérieurement c'est le gouffre. Je ne veux pas le perdre. Je sais qu'il a compris à quoi je pensais, il me connait mieux que personne et il y a bien longtemps qu'on n'a plus besoin de mots pour se comprendre. Quand il se sent mieux il retire le masque.


- Si la connerie devait tuer tu serais déjà mort.


C'est tout lui ça. Il est entrain d'agoniser tellement il a du mal à respirer pourtant il ne peut pas s'empêcher de rétorquer et au lieu de sourire je me sens triste car plus les jours passent et plus je réalise qu'il va partir. Que je ne l'entendrais plus m'envoyer chier, me casser ou m'envoyer sa répartie légendaire en plein dans la face. Plus les jours passent et plus je réalise que bientôt il ne sera plus là.


- Viens..


Ce n'est qu'en entendant le ton triste de sa voix que je réalise que des larmes roulent sur mes joues. Je n'ai pas pu les retenir. C'est dur de toujours faire semblant d'être fort. Il tend son bras vers moi et sans réfléchir je m'allonge contre lui en posant doucement ma tête sur son épaule pour ne pas lui faire mal. On a jamais été très tactile lui et moi. Les câlins ou tout ces trucs dans le genre ça n'a jamais été notre délire. Pourtant là, je réalise que j'avais besoin d'être dans ses bras, comme quoi la mort rapproche dans un sens. Je suis blotti contre lui et j'ai l'impression d'avoir de nouveau deux mois. D'être de nouveau un nouveau né et qu'on nous a réuni dans le même berceau et... Je craque. C'est tellement dur que je fonds en larmes sans pouvoir le contrôler.


- Je ne veux pas que tu meurs.

- Je sais.


C'est la première fois que je craque devant lui, il me laisse pleurer dans ses bras. Il me laisse évacuer toute la peine que je ressens en me caressant doucement les cheveux. C'est étrange parce que c'est exactement le genre de gestes que je voulais à tout prix éviter. Ces caresses que les gens font quand ils veulent réconforter une personne et qui au final les font pleurer encore plus. C'est le cas. Je chiale comme bébé, je trempe son t-shirt de larmes et de morve et j'aimerais dire que ça me fait du bien de pleurer mais ce n'est pas le cas, ça ouvre encore plus profondément le gouffre que j'ai en moi.


- Tu te souviens quand on avait 12 ans, ce qu'on s'est promis après l'enterrement de ton grand-père ?


Je secoue la tête, je ne suis pas vraiment en état de réfléchir ou de ressasser nos vieux souvenirs maintenant.


- On s'était promis que si l'un de nous deux mourrait, l'autre irait à l'enterrement habillé en travesti.


Je ne sais pas si c'est à cause des nerfs, de la fatigue psychologique ou le fait de pleurer mais je relève les yeux vers lui et j'explose de rire. De la morve sort par mon nez et je l'essuie avec ma manche.


- Ne me demandes pas ça.

- T'as promis.

- Compte pas sur moi.

- Lâcheur.


Avant je lui aurais donné un coup de poing dans l'épaule mais maintenant je ne peux plus le faire. Son corps est trop fragile pour ça. On reste un long moment silencieux totalement immobile. J'écoute le bip que fait l'électrocardiogramme. Je me suis habitué à ce bruit, il représente les battements de son cœur et j'essaye de ne pas penser au fait que bientôt je ne les entendrais plus car son cœur ne battra plus. Il finit par briser le silence.


- J'étais sérieux Harry. Pour Louis, j'étais sérieux. Que ce soit lui ou un autre, essaye de t'ouvrir aux autres.


Ses mots résonnent tellement comme un adieu que j'ai du mal à les entendre.


- Arrête.

- Non toi arrête. Arrête de jouer au crétin sans sentiments. Je ne serais plus là pour te sortir de toutes les galères dans lesquelles tu te fous ou pour te récupérer la gueule en sang quand un autre mec que tu as sauté t'aura cassé la gueule.

- Tu tiens vraiment à ce qu'on parle de ça maintenant ?

- Non, je tiens seulement à ce que tu écoutes. Je te connais par cœur et je sais que ma mort sera une excuse de plus pour te fermer aux autres et c'est hors de question.


Je ferme les yeux. J'ai envie de lui dire de se taire, que je n'ai pas envie d'entendre tout ça, que je n'ai pas envie de parler de ça alors que c'est surement l'un des derniers moments que l'on passe ensemble et je crois qu'il le comprend car il soupire.


- Je ne veux pas te servir d'excuse pour être malheureux Harry.








Je suis resté encore deux heures dans cette chambre avec lui, allongé dans ses bras. On a parlé de tout et de rien. On s'est remémoré toute notre vie, toutes nos conneries, tous nos meilleurs souvenirs, tout ce qu'on a vécu. Sur le moment je n'avais pas conscience qu'on était entrain de se dire au-revoir. Quand Maura est arrivé et que j'ai du partir il m'a rappelé je me suis retourné vers lui et je n'oublierais jamais ce qu'il m'a dit.


- Je te jure sur ma tombe, Harold Edwards Styles, que si tu fais une connerie et que je te retrouve au paradis je vais te renvoyer sur terre à coup de pieds dans le cul tellement violent que tu ne pourras plus jamais marcher.


C'était sa façon à lui de m'interdire de mourir pour le rejoindre. J'aimerais dire que l'idée de me suicider ne m'a jamais traversé l'esprit mais ce serait mentir. Pourtant j'ai simplement hoché la tête comme une promesse silencieuse avant de lui murmurer que je reviendrais demain. Il m'a regardé et il a lentement secoué la tête.


- À dans longtemps, quand tu seras vieux.


Ce n'est qu'à ce moment là que j'ai compris qu'il me disait adieu. On dit que les personnes qui vont mourir le savent. Qu'elles sentent le moment où ça va arriver. Niall l'a su. Le lendemain matin Maura m'a téléphoné pour m'annoncer qu'il était parti dans la nuit, dans ses bras.


"Je suis venu au monde dans tes bras, je veux partir dans tes bras."


Ce sont les derniers mots qu'il a prononcé avant de s'éteindre. C'était il y a trois jours.








Six mois et deux semaines.
Six mois et deux semaines c'est peu de temps qu'il a fallu pour que le cancer emporte Niall. Ça a été rapide, brusque et violent. Il y a six mois et deux semaines il était en pleine santé et courait sur un terrain de foot. Six mois et deux semaines plus tard j'enterre mon meilleur ami de 19 ans. J'étais censé faire un discours mais je n'en ai pas la force et quand ils descendent le cercueil en terre je m'effondre en larmes dans les bras de ma mère.


Je m'effondre dans une mini robe noire, des talons aiguilles et du maquillage plein la gueule à cause d'une foutue promesse à la con.


Je viens de perdre mon meilleur ami, mon frère, une partie de moi, à cause d'une putain de maladie. Je suis anéanti. J'ignore comment je vais me relever, comment je vais avancer, comment je vais réussir à vivre sans lui. J'ai juste envie de crever tellement j'ai mal.







3 mois plus tard...




SMS de Harry à Louis: Écoute Louis, mon meilleur ami est mort il y a trois mois d'un cancer. Au début, avant tout ça, dans ma tête j'avais dans l'idée de te sauter et ne jamais te rappeler après mais avant de partir il m'a dit que je devais m'ouvrir aux autres et blablabla (je te laisse imaginer le genre de conneries.) Et comme je t'aime bien je me disais qu'on pourrait allé boire un café tout les deux un de ses jours. Qu'est-ce-que tu en penses ? .x -H


SMS de Louis à Harry: Qu'est-ce-que j'en pense ? Tu te fous de ma gueule en fait. Tu me laisses trois mois sans nouvelles et tu reviens avec un sms aussi minable. Ne me dis que tu espérais que ça allait marcher.


SMS de Harry à Louis: Si.


SMS de Louis à Harry: C'est une blague ?


SMS de Harry à Louis: Non.


SMS de Louis à Harry: Tu m'as clairement dit que tu comptais me sauter pour ensuite ne jamais me rappeler.


SMS de Harry à Louis: J'ai aussi dit que je t'aimais bien.


SMS de Louis à Harry: Et c'est censé fonctionner ?


SMS de Harry à Louis: Je ne sais pas, ça c'est à toi de me le dire... Ça fonctionne ?


SMS de Louis à Harry: Ça se pourrait.


SMS de Harry à Louis: Demain, 17h au café de la fac ?


SMS de Louis à Harry: Ne sois pas en retard.




Tu vois Niall, je tiens chacune de mes promesses. Je n'ai pas fait de connerie, je suis toujours vivant et pour la première je vais essayer de m'ouvrir à quelqu'un. J'espère que tu es fier de moi de là haut. Tu n'imagines pas à quel point tu me manques. C'est atroce mais j'essaye d'avancer. Je le fais pour toi. Tu seras toujours dans mon cœur... Enfoiré. Je t'aime grand frère. Repose en paix.





Fin.
Publié le 9/11/2014#commentCommenter