Until Tomorrow


OS écrit il y a plus d'un an et auquel je tiens particulièrement.
Il a un lien avec un autre de mes écrits qui sera publié bientôt. ♥





3 Doors Down - Here Without You




Parce qu'une simple erreur peut tout faire basculer.



Je suppose que je devrais me présenter, faire une introduction ou au moins vous donner mon nom mais je ne le ferais pas parce que cela n'a pas d'importance. Un nom, un âge ou un sexe ne vous apprend rien sur une personne. En fait je pense que les gens s'arrêtent seulement à une image et ratent l'essentiel. On a tous un vécu, un passé, une histoire mais on est souvent aveugle. On prend les choses et les personnes pour acquises, parce qu'elles sont là et que cela nous semble normal à la longue, comme une habitude. On n'y fait plus réellement attention. On n'imagine pas que l'on puisse tout perdre du jour au lendemain. On se plante. Si il y a bien une chose que la vie m'a appris c'est que jamais rien n'est acquis et que si on ne fait pas attention on peut tout perdre. Je crois qu'on ne réalise jamais vraiment à quel point notre vie peut basculer en une fraction de seconde. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'un simple coup de téléphone pouvait tout détruire autour de moi et pourtant.


Je me rappelle encore de cette nuit là. Il m'avait appelé dans la soirée pour me demander de venir le chercher parce qu'il avait trop bu mais j'étais fatigué et en colère après lui, je lui ai dit de se démerder, que je n'étais pas son chauffeur personnel. J'étais jaloux parce qu'il était sorti sans moi. Je suis parti dormir sans aucun remord, parce que après tout si il n'avait pas besoin de moi pour aller s'amuser, il n'avait pas besoin de moi pour le ramener. Si seulement j'avais su je vous assure que j'aurais ravalé ma fierté et j'aurais été le chercher. On est souvent beaucoup trop fier avec les personnes qu'on aime mais on ne réalise pas à quel point une fierté mal placée peut avoir des conséquences parfois. Mon téléphone a sonné une seconde fois cette nuit là et je n'ai jamais autant regretté de toute ma vie d'avoir prit un appel. Je me rappelle encore des mots exactes que son meilleur ami a prononcé:



" On a eu un accident de voiture, il est dans le coma. "



Je ne pourrais jamais oublier ce que je ressenti à ce moment là, c'était pire que tout. J'avais l'impression qu'on m’enfonçait un poignard directement dans le cœur et qu'on cherchait à me vider de l'intérieur. Il m'a fallu plusieurs minutes pour réaliser vraiment ce qu'il me disait, et je me rappelle m'être laissé tomber au sol un long moment avant de réagir, avant de réaliser qu'il avait besoin de moi, qu'il fallait que j'aille à l'hôpital. Je crois que le pire quand quelque chose comme ça vous arrive c'est l'état de choc dans lequel vous tombez. Vous ne réalisez plus rien, vous n'avez plus conscience de rien. Vous agissez comme un automate. Vous faites ce que vous devais faire. Vous êtes là où vous devez être. Vous agissez comme vous devez agir mais intérieurement c'est le vide total. Tout va beaucoup trop vite et plus rien n'a de sens. Vous n'êtes pas en état de réaliser. En tout cas pour moi c'est ce qui c'est passé. Je ne réalisais pas vraiment, parce que ça semble impossible qu'on vous appelle en plein milieu de la nuit pour vous dire que la personne que vous aimez est dans le coma. Ces choses là n'arrivent que dans les films, pas dans la vie réelle. Enfin je veux dire que c'est le genre de choses qui n'arrivent qu'aux autres en général. Pas à nous. Le genre de faits divers qu'on va lire dans le journal et qui va nous attrister pendant quelques minutes avant qu'on oublie parce que on à autre chose à penser. Parce que des jeunes qui se plantent en voiture et qui finissent dans le coma ça arrive tous les jours mais jamais à nous, toujours aux autres. Et même si c'est cruel on préfère ça.


Je crois que ce qui a été le plus dur vivre au début c'est qu'on ne nous a pas laissé le voir. Il a passé trois jours en soins intensifs entre la vie la mort. Est-ce-que vous savez ce que c'est ou est-ce-que vous pouvez seulement imaginer la peur qu'on ressent en se disant qu'à chaque seconde on peut vous téléphoner pour vous annoncer que tout est terminé ? Je crois que je n'ai même pas de mots pour exprimer ce que j'ai ressenti durant ces trois jours. Ils ont été les pires de toute mon existence. À chaque fois que mon téléphone sonnait mon cœur s'arrêtait. À chaque instant je m'imaginais qu'il était peut être mort, que je ne le reverrais peut être plus jamais. Je ne souhaite ça à personne, pas même à mon pire ennemi. Mais ce qui a été plus destructeur encore c'était les remords, parce que tout était de ma faute, parce que si ce soir là je ne m'étais pas conduit comme le dernier des enfoirés et que j'avais été le chercher quand il me l'avait demandé rien de tout cela serait arrivé. Je suis incapable de me pardonner et je sais que je vais payer cette erreur jusqu'à la fin de ma vie. Mais il y a une chose qui est encore pire que les regrets ou les remords, c'est les si. On a beau savoir que c'est inutile, que cela ne changera rien, on ne peut pas s'en empêcher.


Si il n'était pas sorti sans moi, je n'aurais pas été en colère contre lui. Si j'avais été le chercher ce soir là. Si il n'avait pas bu. Si son meilleur ami ne l'avait pas laissé prendre le volant. Si il avait pu éviter le camion d'en face. Si il avait prit une autre route. Si la voiture n'avait pas démarrée et qu'il était resté sur place. Et si. Si seulement. Et on envisage tous les scénarios possibles et inimaginables. On retourne la situation dans tous les sens mais au final ça ne sert à rien parce que l'on ne peut rien effacer avec des si.


Je me rappelle encore le lendemain de l'accident quand j'ai vu l'état de sa voiture. Elle était en morceaux, le coté conducteur était complètement enfoncé, le pare-brise éclaté et remplis de sang.. De son sang. Je me souviens encore du choc que j'ai eu en la voyant et m'être dit que ce n'était pas possible qu'il soit encore en vie. Qu'un tel accident aurait du le tuer sur le coup et pas le laisser entre la vie et la mort. C'était impossible et pourtant deux jours plus tard il était encore en vie mais dans un coma profond. Le soulagement étrange qui vous envahi de vous dire que il n'est pas mort alors qu'il n'est plus réellement vivant. On a du attendre une semaine encore avant d'avoir l'autorisation de le voir. J'ignorais qu'ils avaient le droit de faire ça mais quand un patient est trop amoché on peut vous interdire de le voir pour vous éviter un choc émotionnel soit disant mais c'est des conneries tout ça car c'est encore pire. On imagine les pires choses. Je me disais que si on nous empêchait de le voir c'est parce qu'il était défiguré. Je l'imaginais le visage complètement ravagé et méconnaissable. J'ignore pourquoi mais mon esprit s'était focalisé sur l'image d'un grand brûlé. J'avais l'impression d'être la pire ordure du monde parce que c'était de ma faute et qu'il ne me pardonnerait jamais d'avoir détruit son physique. Quand on nous a enfin laissé le voir, j'en ai voulu aux médecins et à leur connerie d'interdiction parce qu'il était lui même. Après tout ce que j'avais imaginé il me semblait même magnifique, malgré les coupures et les hématomes sur son visage. Mais c'était lui, il n'était pas défiguré. Et puis même si il avait été détruit je n'aurais pas cessé de l'aimer pour autant. Vous savez toutes ces conneries romantiques à deux balles qui disent que quand on aime une personne le physique ne compte pas, et bien quand on aime quelqu'un autant que je l'aime lui je peux vous assurer que c'est vrai. Il aurait pu perdre un bras, une jambe, son visage, je ne l'aurais jamais laissé tomber pour autant.


Trois mois. J'ai vécu un enfer qui a duré trois mois. Trois mois où j'ai vu tous les jours la personne que j'aimais allongée dans un lit d'hôpital les yeux fermés. Je crois que le plus insupportable était le bruit des machines qui l'entourait. Le bip incessant de l'électrocardiogramme, des battements de son cœur. C'était devenu une obsession pour moi. C'était la seule chose qui me rappelait qu'il était encore en vie et je l'entendais jour et nuit même quand je n'étais pas à ses cotés. Je n'avais qu'une seule peur, celle qu'un jour le bip s'arrête. Beaucoup de gens ne supportent pas ce bruit, pour moi il était devenu vital. J'avais besoin de l'entendre car tant qu'il résonnait c'est qu'il n'était pas mort. Je crois que l'une des choses qui a été la plus dure à vivre c'était de sentir la froideur de sa peau. À chaque fois que je le touchais ou prenais sa main j'étais toujours aussi choqué de le sentir aussi glacé. Je n'avais pas réussi à m'y habituer même en trois mois.


Je ne sais pas si vous le savez mais il parait que les personnes dans le coma entendent quand on leur parle, moi je l'ignorais et quand on me l'a dit je me suis mis à lui parler. Je lui racontais tout et n'importe quoi. Des choses sans intérêt, je me trouvais même ridicule très souvent parce qu'au final je ne savais pas si il m'entendait vraiment. Mais cela m'était égal parce que j'avais lu sur internet des témoignages de personnes qui étaient tombées dans le coma et qui racontaient que c'était les voix de leurs proches qui les avaient réveillé. Vous savez quand on vous annonce que maintenant même la médecine ne peut plus rien faire et que son réveil ne dépend que de lui vous vous raccrochez au moindre petit espoir aussi futile soit il. Même si il vous semble ridicule. Je me suis accroché à cet espoir, j'en avais besoin pour ne pas baisser les bras parce que je me disais que si moi je baissais les bras il les baisserait lui aussi. Alors je me suis accroché à ma propre voix, en espérant qu'un jour il ferait parti de ces personnes dont j'avais lu les témoignages sur le net. Les personnes sauvés par la voix d'un proche. C'est marrant toutes les conneries qu'on peut sortir dans ce genre de situation, quand on doit parler parce qu'il le faut. Je crois que je lui ai tout raconté sur moi, du début à la fin. De la moindre connerie que j'ai pu faire en étant gosse à tout mes projets d'avenir. L'avenir. C'était le pire je crois car j'ai réalisé que dans chacun de mes projets il était dedans. Je n'avais pas prit conscience avant de à quel point j'étais incapable d'imaginer ma vie sans lui. Dans tous mes plans il était là présent. Mais ça n'a pas été le pire, non le pire ça a été quand je me suis mis à regretter toutes les promesses que je n'avais pas su ou que je n'avais pas eu le temps de tenir. C'est dingue comment une petite chose insignifiante peut prendre une grande importance dans ce genre de situation. Il y a deux ans je lui avais promis qu'un jour on irait à Paris rien que tous les deux, il m'avait dit qu'il aimait les croissants et je lui avais promis qu'on irait en manger ensemble au pied de la Tour Eiffel mais on ne l'a jamais fait. Parce qu'on en a pas eu le temps ou qu'on a oublié. Parce que en deux ans il se passe beaucoup de choses dans une vie et que c'est le genre de promesse qu'on oublie facilement parce qu'il y a plus important. Ça peut sembler stupide ce que je vais dire mais en le voyant chaque jour allongé sur ce lit, l'emmener manger des croissants à Paris était devenu un but pour moi. Je lui répétais sans cesse qu'il fallait qu'il se réveille parce qu'on n'avait pas été à Paris rien que tout les deux et qu'il n'avait pas le droit de partir sans qu'on l'ai fait avant parce qu'on se l'était promis. Je lui disais aussi que je le laisserais enfin conduire ma voiture, j'avais toujours refusé car il ne sait pas conduire, il se fout complètement du code de la route et il était hors de question que je lui prête mon 4x4. Je n'avais pas envie qu'il le plante dans un mur. Là je lui promettais même de le lui donner si en échange il ouvrait les yeux. J'ai même cédé pour la salle de jeux, il avait toujours voulu la repeindre en bleu et moi je la préférais en blanche. Je l'ai repeins. Une nuit où je n'arrivais pas à dormir, je l'ai repeins en bleue et je lui disais qu'il avait intérêt de se réveiller pour la voir. Parce que je n'avais pas fait tout ça pour rien, et qu'il m'avait tellement cassé les pieds avec ça que maintenant il avait intérêt de se bouger et sortir de ce foutu coma pour la voir.


En fait je crois qu'on réalise vraiment l'importance des choses quand on est sur le point de les perdre. On regrette des futilités comme se battre sur la couleur d'une pièce ou faire un caprice parce que son petit ami a osé sortir sans vous un soir. Je ne me suis jamais excusé pour ça d'ailleurs. Je n'en ai jamais eu le courage. En fait je m'en voulais tellement de ne pas être allé le chercher ce soir là que j'ai transféré ma colère sur lui. Je lui ai donné tous les tords et je lui en ai voulu. C'était plus facile pour moi de me convaincre que c'était de sa faute si il était dans ce lit d'hôpital et non de la mienne. Je sais que ça peut paraître lâche mais j'en avais besoin. J'avais besoin de trouver un autre coupable. Je n'aurais pas tenu le coup sinon. Je pense que si je n'avais pas fait ça j'aurais fini par me foutre en l'air. Je sais c'est minable mais on a beau dire qu'on garde espoir, qu'on ne baisse pas les bras c'est faux. On a beau vous dire qu'il faut y croire, que rien n'est perdu au bout d'un moment on y croit plus. Quand pendant trois mois on voit la personne qu'on aime inerte sur un lit et qu'on est obligé de se fier au bruit d'une machine pour savoir si elle vit encore à un moment donné on craque. On peut prétendre autant qu'on veut qu'on est fort mais c'est faux, personne ne peut rester fort quand on risque de perdre la personne qui représente votre raison de vivre.


Mais je n'avais pas le droit de me foutre en l'air parce que même si il n'était plus réellement là, il n'était pas encore entièrement parti et je n'avais pas le droit de l'abandonner. Et j'avais beau avoir rejeté la faute sur lui je n'arrivais pas à accepter le fait que si il devait mourir les dernières paroles qu'on aurait échangé étaient des saloperies. Je me haïssais de me dire que les derniers mots que je lui avais dit ce soir là au téléphone étaient:


" Tu me fais chier. "



Je crois que vous ne réalisez pas à quel point je regrette ces mots. Je lui ai déjà dit de nombreuses fois avant qu'il me faisait chier ou qu'il m'emmerdait parce qu'on passait le plus clair de notre temps à se prendre la tête. On était pas le genre de couple où tout était beau et rose, c'était même le contraire. On a toujours passé notre temps à nous engueuler parce que c'était un vrai emmerdeur et que je n'ai jamais connu quelqu'un de plus capricieux que lui. Je suppose que j'ai mes tords aussi car j'ai conscience de ne pas être facile à vivre mais on s'en foutait parce qu'on était amoureux. En fait je crois que dans un sens on se complétait et c'est pour ça que notre couple marchait. Il était une part de moi et sans cette part je ne pouvais plus vivre.


Je pense que c'est pour ça que j'ai voulu me foutre en l'air. Parce que je n'avais pas le courage d'attendre qu'on m'annonce un jour en arrivant à l'hôpital qu'il était mort dans la nuit, ou pire encore arriver dans la chambre et trouver son lit vide. Je pense que quand quelque chose comme ça vous arrive même si vous gardez espoir une part de vous c'est déjà résignée. Une part de vous a déjà accepté le fait qu'un matin vous allez arriver et tout sera terminé et le pire dans tout ça, c'est les mots. Surtout pour moi, j'avais déjà foiré les derniers mots quand il était encore conscient alors je n'avais pas le droit de me chier les derniers mots en partant le soir sans savoir si le lendemain il serait encore là pour en entendre de nouveaux. J'ai longtemps cherché ce que je pouvais lui dire. Je voulais les mots parfaits, ceux qu'il n'oublierait jamais si il devait partir dans la nuit. Des mots que je ne voulais pas regretter si c'étaient les derniers que je devais lui prononcer. J'aurais pu lui dire que je l'aimais. Je t'aime. Ce sont des mots magnifiques mais ça il le savait déjà et c'était trop facile. Si je lui disais je t'aime chaque soir j'aurais eu l'impression de lui donner le droit de partir et je ne voulait pas. Finalement un soir j'ai trouvé, c'est sorti tout seul quand je franchissais la porte de sa chambre. Je lui ai dit:



" À demain. "



À demain. Cela peut paraître stupide mais à travers ces mots je lui interdisais de partir. C'était comme une promesse que je le forçais à me faire. J'acceptais de rentrer pour la nuit si en échange il promettait d'être là le lendemain. Ce qui me manquait le plus ce n'était pas d'entendre sa voix mais de voir ses yeux. On dit que les yeux sont le reflet de l'âme. C'était le cas pour lui, tout passait dans son regard. Il était bavard, pour être honnête il parlait tellement que des fois il me donnait la migraine et je lui disais de la fermer. Il passait son temps à dire des conneries mais ses yeux eux ont toujours dit la vérité. Quand ses mots disaient non eux disaient oui. Il avait un regard profond, je n'ai jamais compris pourquoi mais ses yeux m'ont toujours déstabilisé. Je crois qu'on réalise vraiment qu'on aime une personne quand on ne vit plus pour soi mais qu'on vit que pour un simple regard. C'était mon cas, je vivais dans le but de sentir son regard sur moi. En fait j'ai toujours été d'une jalousie maladive envers lui. Si il avait le malheur de ne pas faire assez attention à moi je le lui faisais payer. Je crois que j'ai toujours aimé le provoquer juste pour m'assurer qu'il tenait bien à moi. J'ai toujours eu besoin qu'il me rassure, il pouvait me dire qu'il m'aimait, qu'il tenait à moi et toutes ces choses qu'on dit à la personne qu'on aime quand elle a besoin d'être rassurée mais je m'en foutais, je n'écoutais rien. La seule chose qui me montrait que je comptais pour lui c'était son regard. Sa façon de me regarder. Il avait une façon de me regarder qui me donnait l'impression d'être quelqu'un d'unique et je crois que sans m'en rendre compte je le regardait aussi de la même façon. D'ailleurs ce sont nos regards qui nous ont trahis. Voilà pourquoi ça a été si dur pour moi de ne plus voir ses yeux. Je ne supportais plus de voir ses paupières closes. J'aurais tout donné pour qu'il me regarde encore. Même rien qu'une seule fois.


En réalité, pour être totalement honnête sur la fin c'était devenu une vraie torture pour moi de venir le voir chaque jour. Je ne supportais plus rien, ni l'hôpital, ni les blouses blanches, ni l'odeur, ni sa chambre. Même le bruit pourtant constant de l'électrocardiogramme me rendait fou. Je ne voulais qu'une seule chose que ce cauchemar s'arrête. J'avais perdu espoir qu'il se réveille. Les médecins nous avaient dit que plus les jours passaient plus les chances diminuaient. Ce qui a été le plus traumatisant ça a été la contradiction physique en le voyant. Chaque jours ses blessures et ses plaies se refermaient comme le ramenant à la vie mais chaque jour il maigrissait de plus en plus et sa peau était de plus en plus froide, comme si la mort l'emportait petit à petit sous mes yeux et j'avais beau lui parler, crier, le supplier, pleurer, rien n'y faisait. Il s'en foutait, il m'ignorait et gardait les yeux fermés comme pour se venger du fait que je l'ai abandonné ce soir là. Pouvez vous seulement imaginer ce que l'on ressent quand on voit la personne qu'on aime mourir lentement sous ses yeux ? C'est destructeur. Tout simplement. Ce sentiment d'impuissance, vous détruit de l'intérieur et on réalise que finalement il n'y a pas qu'une seule personne qui est entrain de mourir mais plusieurs car plus il partait plus il m'emportait avec lui. Voilà pourquoi je voulais que cet enfer s'arrête. Qu'il se réveille, qu'il parte mais qu'il ne reste pas comme ça. Je lui en ai voulu de me faire vivre ça parce qu'il n'avait pas le droit de rester sans réagir. De rester et de me faire garder espoir qu'un jour il se réveillerait alors que ça n'arrivait pas.


Ce que je vais dire va peut être vous sembler dur mais j'aurais préféré qu'il meurt sur le coup cette nuit là parce que trois mois d'espoir pour au final tout perdre c'est encore pire. On ne se relève jamais entièrement de la mort d'un proche. Quand on vous annonce qu'une personne est décédée on est ensevelit par la douleur, par le manque. C'est violent de se dire que la veille encore cette personne était là, vivait et que le lendemain elle a disparue à tout jamais. C'est brusque et dur mais ça permet de prendre conscience et de tenter d'avancer. Alors que rester dans l'attente, ne pas savoir si c'est le dernier jour, ne pas savoir si un jour on reverra son sourire, ses yeux ou alors un cercueil c'est encore pire. C'est cruel. J'ai honte de moi et j'ai honte de le dire mais sur la fin j'ai souhaité qu'il s'en aille. Autant pour lui que pour moi. Pour lui parce que même si j'ignore ce que ressentent les personnes dans le coma je savais qu'il n'aurait jamais supporté d'être coincé dans un lit, il ne tenait pas plus de cinq minutes en plus en place. Il était trop vif pour rester calme. Alors je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'il devait vivre une vraie torture. Être coincé dans ce lit devait le rendre dingue et pour moi car je ne supportais plus de le voir comme ça. De me dire qu'il ne vivait plus qu'à travers des machines qui le nourrissaient et faisaient battre son cœur. Même si il était là, dans un sens je l'avais déjà perdu.


Je m'étais voilé la face pendant trois mois, en réalité j'avais déjà tout perdu cette nuit là. Une nuit, une seule nuit pour détruire toute une vie. Quand vous en venez à penser que la mort est votre seule issue de survie c'est là que vous réalisez vraiment que vous avez tout perdu. J'ai totalement baissé les bras sur la fin, chaque jour je venais le voir et je ne lui parlais plus, il n'avait pas voulu se battre pour moi alors je ne me battais plus pour lui. Chaque jour je restais silencieux en attendant patiemment sa mort pour venir le retrouver ensuite. Parce que je n'avais pas le droit de partir avant lui. Je devais l'attendre. Je réalise maintenant que le plus terrifiant dans tout ça c'est que pas une seule seconde je n'ai eu peur de mourir. Pas une seule seconde je n'ai eu de doutes sur ma décision. Je me foutais d'être égoïste et de faire du mal à mes proches, sans lui je ne pouvais pas vivre. Parce que quand on aime une personne autant que je l'aime, on ne peut pas vivre sans. On dit que l'amour n'a pas de limite et c'est vrai. On dit aussi que quand deux personnes s'aiment un lien se crée entre elles. Qu'il se passe des choses qui parfois dépassent la logique et le réalisme. J'en ai eu la preuve. Si je suis encore en vie aujourd'hui c'est grâce à lui. Alors que je n'avais plus d'espoir, que j'avais baissé les bras après trois mois passés à me battre il s'est réveillé. Comme ça. Sans prévenir. Alors que même aux yeux des médecins tout était terminé et depuis longtemps il a ouvert les yeux. Un vrai emmerdeur incapable de faire ce qu'on lui dit. Quand il aurait du se battre pour vivre il se laissait mourir et quand il aurait du mourir il est revenu à la vie.


J'aime à penser qu'il est revenu à lui juste pour me prouver que j'avais tord une fois de plus. Il adorait avoir raison. Il ne supportait pas de ne pas avoir le dernier mot. Si tout n'allait pas dans son sens, si tout ne se passait pas comme il le voulait il vous faisait vivre en enfer. J'avais baissé les bras comme un lâche et il s'est réveillé comme pour me montrer que même là c'était encore lui qui décidait.


Un simple coup de téléphone peut détruire toute une vie mais un autre peut tout sauver. Quand mon téléphone a sonné ce jour là et que j'ai vu le numéro de sa mère s'afficher je n'ai pas voulu répondre. Je savais ce qu'elle allait m'annoncer et je n'avais pas envie d'entendre qu'il était mort. Pourtant j'ai fini par décrocher.


" Il s'est réveillé. "



Mon cœur a cessé de battre pour la deuxième fois. Je ne voulais pas y croire. Les mots refusaient d'entrer dans ma tête parce que c'était impossible il n'avait plus le droit de se réveiller, pas après avoir passé trois mois à le supplier. Il n'avait pas le droit de se réveiller, pas quand je n'étais pas là à ses cotés. Et pourtant. Il a toujours aimé me faire chier et il l'a fait jusqu'au bout. Il m'a privé de son réveil mais je m'en fous parce qu'il a ouvert les yeux et c'est tout ce qui compte. Parce qu'on est demain. Parce que maintenant j'ai la vie devant moi pour voir son regard. Parce qu'il est vivant.


Encore aujourd'hui je ne réalise pas à quel point je suis chanceux. J'ai failli tout perdre à cause d'une simple erreur. J'ai vécu un enfer parce qu'un soir j'ai été trop con pour ne pas aller le chercher à une fête. Quand j'y pense, je réalise que j'ai failli me foutre en l'air pour une connerie de fierté. J'ai failli le perdre parce qu'un soir j'avais décidé qu'il n'avait pas besoin de moi. Je crois qu'on ne réalise pas vraiment à quel point toute notre vie ne tient qu'à un fil, que rien n'ai jamais acquis et qu'à la moindre connerie, même insignifiante sur le moment on peut tout perdre.


Il s'est réveillé il y a une semaine et je suis là aujourd'hui à vous raconter mon histoire parce que la vie m'a donné une seconde chance et que je ne compte pas la foutre en l'air. Beaucoup de personnes ont craché sur notre amour mais je ne les laisserais plus faire. Parce qu'avoir été à deux doigts de le perdre m'a fait réaliser que la seule chose qui comptait c'était lui. Chaque jour je remercie le ciel de m'avoir laissé la chance de rattraper les derniers mots que je lui avais dit. Chaque soir je remercie le ciel de m'avoir donné d'autres lendemains avec lui. Je ne laisserais pas les gens tout gâcher, je ne laisserais pas notre propre lâcheté tout gâcher. Quand vous pensez avoir tout perdu mais qu'on vous donne une seconde chance vous prenez conscience de beaucoup choses. Ce qui vous paraissez important avant devient futile à vos yeux. J'ai trop longtemps portait de l'importance à des choses qui n'en avaient pas. J'ai trop longtemps laissé des gens porter un jugement sur notre amour. Je ne sais pas si certains d'entre vous l'ont compris mais je suis un homme. Un homme amoureux d'un autre homme. Et j'ai laissé des gens me manipuler, me fait croire que aimer une personne du même sexe que moi était une mauvaise chose. C'était la deuxième plus grosse connerie de ma vie après ne pas être aller le chercher ce soir là. Il a failli mourir à cause de moi et j'ai failli mourir pour lui. Je crois que même moi je n'avais pas réalisé l'amour que je lui portais avant cet accident. Vous savez je crois qu'il faut perdre une chose pour se rendre compte de sa valeur. J'ai failli le perdre une fois et je ne laisserais plus personne briser notre amour.


Je n'ai jamais su mentir, mais j'ai fait l'erreur de rester silencieux trop longtemps. Il est temps pour moi d'arrêter de fermer les yeux. Quand il s'est réveillé, quand j'ai revu son regard pour la première fois après trois long mois j'ai réalisé qu'il s'était battu pour moi. Qu'au moment où moi j'avais perdu espoir il a prit la relève et ne m'a pas laissé tomber. Parce que tout les deux on doit aller manger des croissants à Paris, parce qu'il aura le droit de conduire mon Range Rover et que j'ai repeins une salle en bleu. Parce qu'il est une partie de moi, la plus importante et que je n'ai plus envie de la cacher. Parce que cela m'est égal de tout perdre tant que je l'ai lui. Parce qu'on a tous peur de nos actes et des conséquences qu'ils peuvent avoir. Mais aujourd'hui je n'ai plus peur, pas après ce que j'ai vécu. Je n'ai plus le droit d'avoir peur alors qu'il est encore à mes cotés. Et je ne laisserais plus jamais personne contrôler ma vie, notre vie. Il est temps pour moi de vous dire mon nom et d'en assumer les conséquences parce que je ne veux plus me cacher. Parce que la vie est trop courte pour laisser des gens nous la gâcher.




Je m'appelle Harry Styles, j'ai 19 ans, je suis l'un des membres des One Direction et il y a trois mois j'ai failli perdre la personne que j'aime le plus sur cette terre à cause d'une simple erreur, Louis Tomlinson.






Fin.
Publié le 18/8/2014
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Une lectrice, posté le 2015-10-15 14:49:12

J'ai vraiment cru que c'était Louis merde ! C'était vraiment magnifique, tout ce que tu fais est magnifique
Degradation, posté le 2015-06-30 00:34:16

Mon dieu... Je ne sais pas quoi dire, tu ne réalises pas à quel point ton commentaire m'a touché. Merci du fond du coeur. <3
, posté le 2015-06-30 00:34:16

Je suis vrm émue, touchée au plus profond de mon être. sérieux. Quand je lisais ton OS, je n'en revenais pas à quel point tu es douée. À quel point tu m'as fait voyager. Tout au long de l'histoire, j'étais pâmée devant tes mots, devant tout ce qu'ils exprimaient. Et quand la fin est arrivée, quand j'ai vu qu'il ne restait que quelques lignes avant la fin de ce voyage, je me demandais à quoi cela pourrais ressembler. Car avec le très beau début que tu as fait, la fin ne pouvait être qu'aussi bonne! J'avais raison. La fin m'a tellement touchée. Sérieusement, on aurait pu dire qu c'était vrm Harry Styles lui-même de One Direction qui avait écrit ces mots, avait laissé libre cours à son histoire. Et quand tu es rendue , en tant que lectrice, à te rendre à un tel sentiment, c'est que l'auteure a bien fait son travail. Je te jure que ton histoire était remplis d'émotions. Continue comme ça, tu m'impressionne vrm! :) <3<3<3
Une lectrice, posté le 2014-10-27 19:59:29

JAI CRU QUE CETAIT LOUIS PUTAIN QUELLE CONNE JE SUIS NULLE sinon j'adore, et comme a chaque fois je pleure
Angie., posté le 2014-09-23 23:21:40

Des le debut j'avais compris vaguement que c'etais Harry qui parlaif mais j'ai eu la confirmation quand il a parler de son range rover, parce que Louis avait une lamborghini sa ne pouvait pas etre lui. Et puis Harry n'as pas de meilleur ami et qu'il n'est pas du genre a sortir enfin pas la ou je suis rendu dans l'histoire, l'histoire a laquel cette os appartient. J'aime te lire.